Notre référentiel des mobilités/Quels rapports des jeunes avec l'automobile ?

De Communauté de la Fabrique des Mobilites

L’enquête a été menée par des chercheurs issus de trois institutions : le LAET-Laboratoire Aménagement Économie Transports (France), l’Ecole Polytechnique de Montréal (Canada) et l’Institut National de la Recherche Scientifique (Canada). Le Forum Vies Mobiles est à l’initiative du volet qualitatif de la recherche. Les jeunes interrogés, âgés de 16 à 35 ans, présentent divers profils sociaux (situation professionnelle ou étudiante, niveau de revenus, genre, situation familiale) et territoriaux (zone d’habitat urbaine ou périurbaine de Lyon et Montréal) . Le volet quantitatif s’est appuyé sur les enquêtes ménages - déplacements les plus récentes des agglomérations de Lyon, Grenoble et Montréal (volet en partie financé par le programme interministériel PREDIT). Le croisement de méthodes quantitatives et qualitatives a permis de brosser un tableau du rapport des jeunes à la voiture aujourd’hui.

Ce projet s’inscrit dans le premier axe de recherche du Forum Vies Mobiles : Comprendre : entre vies mobiles et immobiles : comment habite-t-on la mobilité aujourd’hui ? La recherche, qui a débuté en mars 2014, a fourni ses résultats début 2016.

Les résultats

Passage du permis de conduire : un retournement de tendance

Après des décennies de diffusion croissante du permis de conduire chez les hommes puis chez les femmes, on assiste en France à une baisse du taux de détention du permis de conduire chez les jeunes : - 9% chez les 18-30 ans entre 1993 et 2008

  • À Lyon (1995 - 2006) : Baisse de 2% de détenteurs du permis chez les 18-24 ans. La baisse est plus forte (4%) pour les jeunes habitant dans la ville-centre.
  • À Grenoble (2002 - 2010), les données sont plus récentes et la tendance semble s’amplifier : Baisse de 14% de détenteurs du permis chez les hommes de 18-25 ans Baisse de 10% de détenteurs du permis chez les femmes de 18-25 ans

Une part croissante de jeunes n’a pas de voiture

  • À Lyon (1995 – 2006), part des ménages non équipés : +20% chez les 18-24 ans, +67% chez les 25-29 ans et +45% chez les 30-34 ans
  • À Grenoble (2002 – 2010), part des ménages non équipés chez les 16-34 ans : + 46%

Un usage de la voiture qui recule au profit des transports en commun et du vélo

En France, on assiste à une baisse des déplacements en voiture de 10%, tous âges confondus. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes.

  • À Lyon (1995 – 2006) : Baisse de 14% du nombre de déplacement réalisés en automobile tous âges confondus Baisse de 29% chez les 18-24 ans Baisse de 38% chez les 25-34 ans
  • À Grenoble (2002 – 2010) : Baisse de 15% tous âges confondus Baisse de 17% chez les hommes de 16 à 34 ans Baisse de 14% chez les femmes de 16 à 34 ans

On constate une forte augmentation des distances parcourues avec des modes alternatifs à la voiture à Lyon entre 1995 et 2006 chez les 18-34 ans. Cela se fait au profit des modes actifs mais surtout des transports en commun.

  • À Lyon (1995 – 2006) : pour les 18-34 ans : Baisse de 12% de kilomètres parcourus au volant. Augmentation de 39 % de distances parcourues en transports collectifs
  • À Grenoble  : (2002-2010) : Baisse de 16% de kilomètres parcourus au volant chez les hommes de 16-34 ans et baisse de 12% chez les femmes du même âge. Augmentation de 93% des kilomètres parcourus en transports collectifs chez les hommes de 16-34 ans ; augmentation de 42% chez femmes du même âge.

Même pour les jeunes qui ont le permis et une voiture, cette dernière n’est plus utilisée de manière exclusive et systématique.

  • À Lyon (1995 – 2006) : Baisse de 30% de déplacements en voiture chez les conducteurs de 18-34 ans parmi ceux qui ont le permis et une voiture.
  • À Grenoble (2002-2010) : La même tendance est observée chez les conducteurs réguliers de 16-34 ans. Parmi ces derniers  : Hausse des utilisateurs réguliers de transports collectifs : on passe de 13% à 17% chez les hommes et de 19% à 22% chez les femmes. Hausse des utilisateurs réguliers de vélo : on passe de 11% à 18% chez les hommes et de 6% à 8% chez les femmes.

Un changement profond du rapport à la voiture chez les jeunes

La baisse du passage du permis chez les jeunes traduit un changement profond du rapport à l’automobile. Les facteurs économiques jouent un rôle : en France particulièrement, le coût du permis de conduire est un facteur limitant son passage ; l’acquisition d’une voiture, son utilisation et son entretien sont rendus plus difficiles dans un contexte économique relativement tendu. Mais les évolutions mises en évidence ne sont pas uniquement une réponse à des problèmes conjoncturels de financement : les baisses les plus fortes (à Lyon et Grenoble) concernent en premier lieu ceux dont les revenus sont les plus bas, mais également les plus diplômés, ceux dont les revenus sont les plus élevés.


Il apparaît que pour les jeunes interrogés, le passage du permis de conduire et l’acquisition d’une voiture perdent leur statut de rite de passage à l’âge adulte 5 et de vecteur d’autonomie (excepté pour certaines jeunes femmes d’origine modeste qui les considèrent comme un outil d’émancipation). Plus que l’acquisition d’un smartphone – rien dans l'étude ne vient étayer cette hypothèse - d’autres expériences comme les voyages à l’étranger tendent à jouer ce rôle.


Désormais, le permis est avant tout vu comme une compétence, un diplôme, qu’il est utile d’avoir – à indiquer sur le CV par exemple - mais qu’on n’utilise pas forcément, surtout quand on habite en centre-ville où les alternatives sont nombreuses pour se déplacer. On passe le permis quand on en a le temps et les moyens, la priorité étant généralement donnée aux études.


« Passer le permis, mes parents ne m’y ont pas poussé, ils me l’ont imposé. Ils m’ont dit que c’était nécessaire pour plus tard, que le jour où j’en aurais besoin, je l’aurais.  » (Tiana, 23 ans) De moins en moins utilisée de manière automatique et exclusive, la voiture est intégrée à un panel de solutions de mobilité entre lesquelles les jeunes font des arbitrages. L’importance de l’offre de transport en commun et dans une moindre mesure, des services de mobilité (vélos en libre-service…) influence le choix du mode de déplacement.


« On devient autonome en comprenant tout ce qui peut exister comme moyens de transport, parce qu’on sait mieux les utiliser". » (Marc, 32 ans)


La plupart des jeunes font preuve d’une conscience écologique - nourrie par les enseignements sur l’écologie à l’école - qui se traduit par une mise en avant de l’impact environnemental de l’utilisation de la voiture (pollution). Rares sont les jeunes qui font de l’écologie un déterminant de leurs pratiques de déplacement, mais cela peut conforter des choix en faveur des transports collectifs ou des modes actifs (vélo, marche).


En conclusion, la voiture ne fait plus tellement rêver. Vue avant tout comme un objet fonctionnel par les jeunes interrogés, elle est peu investie comme symbole de réussite sociale. Elle est même de plus en plus perçue comme une contrainte en centre-ville (coûteuse, difficile à garer…).

« C’est horrible de conduire en ville ! Il faut trouver une place, tout est payant… c’est plus une contrainte qu’autre chose. Pour moi, ce n’est pas l’indépendance la voiture, en fait. » (Anaïs, 22 ans)

Cette tendance semble s’amorcer également en dehors des villes-centres mais plus discrètement, certainement en raison d’une offre de transport moins importante, qui rend l’usage de la voiture souvent incontournable.


Les documents et rapports